(Album) Young Jeezy – Seen It All : The Autobiography « De l’introspection sans deception »

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Déjà, sachez que Young Jeezy est l’un de mes rappeurs préférés. C’est lui qui m’a fait aimer l’ancien Dirty South, et qui m’a introduit à la Trap, que j’ai tendance à trop mettre sur un piédestal. Du coup j’attends chacune de ses projets avec beaucoup (trop) d’impatience. Mais bon, en même temps il ne m’a jamais déçu. J’ai plus ou moins aimés tous ses albums, et surtout la totalité de ses ‘tapes,Trap Or Die 2 est une immanquable (jetez-vous dessus si ce n’est pas fait). Parenthèse fermée, son TM103 (précédent album) m’avait franchement dégouté. Pas parce qu’il était nul, loin de là. Mais simplement parce qu’il annonçait la fin de carrière du Bonhomme De Neige. Lui comptait continuer, mais il n’avait plus autant d’énergie, de chose à raconter et cette oreille musicale qui a toujours fait mouche. Toutes ses prestations suivantes, au côté d’un tel hit-d’un-jour ne servaient à rien. Puis c’est le silence radio. Me Ok sort, « ok », c’est le cas de le dire, pas d’agitation. Puis c’est Seen It All, Holy Ghost, et un snippet (extrait) de Been Gettin Money avec Akon. Mon espoir renait. Le lendemain The Autobiography est leakée sur le net. Sourire, grosses ambiances, pour rider en caisse, s’éclater une fleur de cannabis, avec la larme sur certains tracks, je finis la première écoute, Jeezy is back !

Bon, bon, bon. C’est sûr qu’en écoutant son introduction, 1-4 Zones, on ne risque pas de vouloir continuer l’écoute, d’autant plus si vous êtes ultra-critique, tout comme moi. C’est tout ce qu’il y a de plus banal. De la Trap sans prétention, et la recette qui a fait jadis son succès ne fonctionnent pas ici. What You Say, le deuxième morceau, répète le même schéma. Même ses ad-libs, qui étaient pour ma part les meilleurs du rap game, à savoir les « yeah » bien prononcés avec sa voix rauque, les « that’s right », « ahah », « damn » et j’en passe, ne me font plus aucuns effets. En 2005, sur son premier album, j’avais des frissons à chaque apparition de l’un des ses backs. Malheureusement en 2014 j’ai moins de sensations en l’écoutant. Black Eskimo, qui a pour trop évidente inspiration le game-changer de Que, OG Bobby Johnson, ne fait que pale figure, mais, c’est mieux que les deux trucs que je viens d’écouter. En fait, peut-être que cet album est à ranger au fond de mon tiroir avec tous ceux que j’ai écouté que d’une seule oreille. Je zappe. Enough. Mon espoir revient. Les brass qui début le titre ne seraient que trop me rappeler celle de Drumma Boy sur le premier volume des Thug Motivation, un Standing Ovation remit au goût du jour. Merde, il est chaud en fait le bonhomme.

C’est là que je compte vraiment débuter ma chronique et déblatérer sur le projet. Car en réalité c’est à partir d’ici qu’on peut vraiment juger de sa qualité. Le morceau qui suit est Holy Ghost. Clairement, classique. La boucle vous envoute dès l’instant où elle démarre. Lentement, de façon carré, comme à l’accoutumé, le rappeur pose ses paroles de façon froide et crue. Du grand Art. Seen It All le rejoint. Un texte puissant, qui, à lui seul, a fait son buzz. Jay-Z assure, les deux dope-boyz, on écrit avec leurs tripes et cela se ressent. 4 Zones est l’un des seuls morceaux du projet où Jeezy a voulu suivre une mode. Peut-être que je me trompe. Mais en tout cas cela me rappelle bien la Drill de Chicago. Ce refrain auto-tuné a les mêmes caractéristiques qu’un de Lil Durk, comme par hasard juste après qu’il est explosé avec son Dis Ain’t What U Want. Malgré tout, il reste parfait pour déambuler la nuit au volant, en écoutant les récits d’un rappeur encore plongé dans son passé de narco-trafiquant. Mike Will m’a surpris d’ailleurs, pourquoi ne sort-il pas plus des productions de cette envergure ? Puis, on touche un point clé. Le Soul Survivor version 2014. Been Gettin’ Money. Bon, quand j’ai vu Akon en featuring, je m’attendais à une daube, essayant de recomposer les pots cassés pour essayer de rassembler le succès de 2005. En fait, c’est une énorme tuerie. Toute l’ambiance y est intacte. C’est puissant, bien maitrisé et vraiment carré. Impossible de passer à côté, et même de mettre le track suivant. August Alsina est un chanteur que j’apprécie fortement, mais ce Fuck The World est trop édulcoré et calqué sur ses précédents succès. Dommage, cette comptine amoureuse aurait pu être vraiment mieux. A mettre dans le même panier que Beautiful. C’est grossièrement de la merde pour la foule. Bon, maintenant expliqué moi pourquoi Win Is A Win ne dure pas plus longtemps ? Rétrospectif, façon Jeezy, c’est beau et poignant, toute bonne chose on une fin, je me contenterais de l’écouter en tant qu’interlude. Pour la compléter, on peut se rendre à l’outro, How I Did It. Très inspiré hip-hop, comme la plupart des productions de la galette. La maturité est le point central, et on le ressent vraiment à travers les deux chansons que je viens de citer. Le terme « Autobiographie » du titre prend son ampleur ici. C’est profond, en un seul mot. Beez Like, avec le fraichement sortit de prison Boosie, ne serait me rappeler plusieurs classiques du bonhomme : Sky’s The Limit, Go Grazy ou encore Mr 17.5. De très bonne inspiration, pour un morceau qui fera bouger la tête de tout le monde. Enfin, No Tears. Le seul dont je n’ai pas parlé. Aucune raison particulière de le mettre à la fin. Bref, je ne m’attendais à rien. Mais, lorsqu’on regarde le clip, on est subjugué. Première image, une petite fille, gros plan sur la larme qui ruissèle le long de sa joue. Ne verser aucunes larmes, impossible, le message du Snowman et Future est fort. Et le rendu musical/vidéo est à tel point bien réalisé, qu’on a tous envie d’en lâcher une lorsque celle de la gamine remonte dans son oeil. Grandiose. Au passage Mike Will  m’a encore mit une claque.

Si je dis que c’est l’album de l’année, je mentirais, à vous et moi-même. Mais les punchlines juvénile du « Young » est une époque maintenant révolue. Calqué sur l’image de son premier succès, refaire la même version 2014 est une demie réussite. Le mot qui peut englober ce que ce Seen It All est maturité ; car au delà du fait de faire de l’argent grâce aux ventes, je pense que cette introspection à travers ces 15 titres était nécessaire. Enlevez les quelques dispensables, et vous obtenez un rappeur conscient qui ne plus dire n’importe quoi. Il se concentre sur lui, en faisant passer tout un tas d’ambiance différente pour mettre bien ses auditeurs. On passe de tracks poignants, forts en émotions, à d’autres plus légers, mais toujours avec autant de force. C’est comme si il tirait sa révérence. Sa voix rauque déjà fatigué il y a 10 ans prend de nouveau un coup de vieux. Il est fatigué, on le sent, moins d’énergie est dégagée dans ses ad-libs notamment. Comme il le mentionne, il a tout vu, à bientôt 40 ans il s’en est passé des choses dans la vie du Snowman, et cette Autobiography est dorénavant achevée.  Merci Young Jeezy de m’avoir fait kiffer, bien que ton album ne soit pas parfait, tu peux toujours faire de la bonne musique !